Faut-il un canon long ? un canon court ? ou un canon lourd et court !

– Faites vibrer harmonieusement votre canon –

Vaut-il mieux avoir un canon long, un canon court ou plutôt et pour satisfaire tout le monde : un canon court ET lourd !

Photo perso. CZ 550 375 HH.

canon 375 HH

L’expert international en tir (longue distance) sur silhouettes métalliques : Jean-Pierre BEURTHERET, nous dit tout  sur la longueur des canons, leur précision et leur vitesse et surtout comment faire vibrer harmonieusement votre canon !

Jean-Pierre BEURTHERET. Membre de l’équipe de France de silhouettes métalliques. Source: FFtir. « Cet article concerne principalement les armes longues, même si des allusions aux armes de poing sont faites afin d’illustrer le propos.

Certaines affirmations fantaisistes ont la vie dure. Par exemple, celle disant que plus une arme a un canon long, plus elle est précise et plus la balle sort vite.

Pour ce qui est de la précision, c’est la rigidité du canon qui compte.

A diamètre et calibre égal, plus un canon est long, moins il est rigide. Inversement, à longueur et calibre égal, plus un canon est fin en diamètre, moins il est rigide.
En règle générale, un canon court et épais est plus précis qu’un canon long et fin.

Au départ du coup, le canon d’une arme à feu vibre à la manière d’une branche de diapason. Deux vibrations se superposent de manière simultanée :

La vibration fondamentale : le boîtier de culasse, sur lequel est fixé le canon, n’est pratiquement pas perturbé et forme le nœud de la vibration. Le canon vibre en bloc et la bouche fouette sur 360 degrés, en décrivant un cercle, une ellipse ou une autre figure, pas forcément régulière.

La vibration secondaire : c’est une sinusoïdale qui forme une suite de nœuds et de ventres le long du canon.

Il faut également savoir que les gaz qui propulsent la balle poussent de manière égale dans toutes les directions et provoquent une légère dilatation du canon qui parcourt celui-ci juste derrière le projectile. Pour donner une image, très exagérée bien sûr, on pourrait comparer cela au cou de l’autruche qui avale un œuf.

Il faut tout faire pour avoir le moins de vibrations possible et pour qu’elles soient le plus régulières possible, autrement dit, il faut induire le moins de variations possible.

Qu’est-ce qui peut faire varier les vibrations ? Pratiquement tout :

La variation de la charge de poudre.

La variation de la température du canon.

La manière dont est tenue l’arme.

Les contraintes appliquées au canon.

Etc.

Ceci explique que, pour une arme donnée, il faut trouver LA munition qui fera vibrer le canon le moins et de la manière la plus régulière possible et qu’il est préférable d’avoir un canon totalement flottant, le cas échéant couplé avec un bedding du boîtier de culasse. Mais on peut aussi obtenir de bons résultats en appliquant une contrainte contrôlée au canon. Par exemple, un point de pression du bout du fût sous le canon ou le système Boss de Browning qui permet de faire coulisser un contre poids en bout de tube, permettant d’ajuster la vibration en fonction de la munition utilisée. Il est possible aussi, dans le cas désespéré d’une carabine qui ne groupe pas de manière chronique, de raccourcir le canon centimètre par centimètre, afin de trouver la « bonne » vibration, que la bouche soit positionnée sur un « nœud » de vibration et que sa position soit identique à chaque départ de balle, ceci pour une munition donnée.

Plus un canon est rigide, court et de fort diamètre, moins il vibre, moins il est influencé par les facteurs extérieurs et moins le projectile est affecté à sa sortie de la bouche.

Un pistolet MOA à bloc tombant, en calibre 30-20 (par exemple, mais cela est vrai pour les autres calibres) et canon de 22 cm de long et 20 mm de diamètre, tient aisément la demi-minute d’angle à 200 (deux cent) mètres (groupement inférieur à 30 mm de diamètre) au banc. Cette performance est pratiquement hors de portée de la plupart des carabines à canon léger (profil chasse) que l’on trouve dans le commerce. Ce n’est pas pour rien que les carabines de précision pour le tir à longue distance ont des canons lourds de fort diamètre et que les compétiteurs en Bench-Rest raccourcissent leurs canons à la limite de ce que leur règlement leur permet. A noter qu’à partir d’une longueur de canon de 45 cm, une arme passe en 4ème catégorie.

Pour ce qui est de la vitesse du projectile, il faut que le canon ait une longueur en relation avec la quantité de poudre à brûler.

Pour une cartouche donnée, si le canon est trop court pour le volume de poudre contenu dans l’étui, la vitesse maximale possible ne peut être atteinte et une bonne partie de la charge brûle hors du canon, en pure perte, sauf à éclairer le voisinage avec une flamme de bouche somptueuse. Au prix du kilogramme de poudre c’est idiot, même si cela n’a pas d’effet nuisible sur la précision. Si le canon est trop long, la balle atteint sa vitesse maximale à l’intérieur du tube et poursuit sa course par inertie. Pas très efficient et l’on a un canon moins rigide que ce qu’il pourrait être, tout en gardant la même efficacité au niveau vitesse. Pour illustrer le propos, un canon de 60 cm sur une carabine de 22LR est inutilement long (une cartouche de 22LR atteint sa vitesse maximum dans un canon d’environ 30 cm), mais chambrer un barreau de 50 cm de long en 300 Winchester Magnum est une hérésie, car les performances seront du niveau de celles de cartouches de capacité moindre. Ceci dit, et selon le calibre, on peut décider de perdre un peu de performance en vitesse et raccourcir un peu le canon afin d’avoir un barreau plus rigide et/ou une meilleure balance de l’arme.

En silhouette carabine petit calibre (22LR), on peut, sans problème, raccourcir le canon à 50 cm. Par rapport à un canon plus long, on ne perd rien en vitesse moyenne (on gagne même 1 ou 2 m/s avec certaines munitions), on a un canon plus rigide et l’esthétique est préservée. Avec des carabines à canon lourd, la balance de l’arme est bien meilleure pour tirer debout.

En silhouette carabine gros calibre, les calibres les plus adaptés, c’est à dire ayant suffisamment de puissance pour basculer le bélier à 500 mètres et un recul suffisamment raisonnable pour que le tireur n’ait pas à quitter le pas de tir sur une civière à la fin du match, sont ceux ayant une capacité d’étui de l’ordre de celui du 308 Winchester avec des projectiles de 6,5 mm, 7 mm ou 7,62 mm (Exemple : 6,5 x 55 Suédois, 6,5 x 57, 7-08 Remington, 7 x 57 Mauser, 300 Savage, 308 Winchester et dérivés). En dessous, le bélier rigole, au-dessus, le tireur ne rigole plus.

Les carabines chambrées pour ces calibres ont généralement des canons autour de 60 cm de longueur. Si le besoin s’en fait sentir, on peut raccourcir à 55 cm au prix d’une faible perte de vitesse (environ 7 m/s par centimètre de canon) ». Jean-Pierre BEURTHERET. Source: site FFtir.

Quand vous aurez lu cet article vous comprendrez comme moi que ce n’est pas tant la longueur du canon qui compte, mais son « fort diamètre », son poids. L’auteur nous explique comment et pourquoi selon le type de munition utilisé, votre canon vibrera harmonieusement ou pas. Après ça vous pourrez toujours dire aux collègues après avoir « raté un éléphant dans un corridor », qu’un canon c’est comme un piano il faut qu’il soit bien accordé ! C’est la raison pour laquelle on a inventé le canon flottant. Le fait qu’il n’y ai pas de contact direct entre le bois du fût de l’arme et le canon, permet à ce dernier de vibrer harmonieusement.

Qui plus est, j’ai trouvé ce passage intéressant : « ……Pour une cartouche donnée, si le canon est trop court pour le volume de poudre contenu dans l’étui, la vitesse maximale possible ne peut être atteinte et une bonne partie de la charge brûle hors du canon, en pure perte, sauf à éclairer le voisinage avec une flamme de bouche somptueuse ».

« …..Pour illustrer le propos, un canon de 60 cm sur une carabine de 22LR est inutilement long (une cartouche de 22LR atteint sa vitesse maximum dans un canon d’environ 30 cm), mais chambrer un barreau de 50 cm de long en 300 Winchester Magnum est une hérésie, car les performances seront du niveau de celles de cartouches de capacité moindre ».

Mon image du lance-flamme ayant provoqué une levée de boucliers chez certains, me voilà bien satisfait de lire à peu prés la même chose sous la plume d’un maître international en tir longue distance.

Autre citation : « …..Pour ce qui est de la vitesse du projectile, il faut que le canon ait une longueur en relation avec la quantité de poudre à brûler ». CQFD !!!

En lisant cet article vous comprendrez également qu’un canon peut être court mais à condition qu’il soit lourd ! « ….Plus un canon est rigide, court et de fort diamètre, moins il vibre, moins il est influencé par les facteurs extérieurs et moins le projectile est affecté à sa sortie de la bouche ».

C’est pour cette raison que WINCHESTER quand il sort son nouveau SX4 WINCHESTER SX4 BIG GAME RIFLED. 12/76. semi-auto de seulement 51 cm, le fait AVEC UN CANON « SEMI-LOURD » !!!

Autrement dit, vous pouvez avoir un canon plus court que ce qu’il est recommandé à condition qu’il soit de fort diamètre. La preuve en image : Le canon de cette arme qui a battue le record de tir longue distance : 3695 mètres ne mesure « QUE » 73.7 cm.CheyTac M200 Intervention de calibre .408

Octobre 2015. Le record mondial du tir longue distance est français ! : « Il est des records qui, bien qu’atypiques, n’en restent pas moins des exploits. Un exploit, l’adjudant Benjamin, du 1er régiment de chasseurs d’Afrique, en a réalisé un en touchant par deux fois une cible située à…3 695 m de distance. Sans occulter l’exploit humain, n’oublions pas de mentionner que ce tir a été également rendu possible par l’utilisation du fusil de précision CheyTac M200 Intervention et de la munition qui lui est dédiée, le .408 CheyTac.

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10 thoughts on “Faut-il un canon long ? un canon court ? ou un canon lourd et court !”

  1. Le tir de Benjamin Gineste est un tir à 4150 mètres. Il a été battu depuis par un tireur américain. C’est ce qui est écrit sur Wikipédia qui cite aussi sa source.

    1. Wikipédia ne cite pas de source ni de nom. Cela n’a donc aucune valeur. Derrière wikipedia, n’importe quel ahuri peut écrire n’importe quoi.

  2. Bonjour,
    J’étudie vos articles avec beaucoup de plaisir. Mais pour avoir longtemps chassé en montagne et laissé plusieurs écrits à ce sujet, je peux vous assurer qu’une immense part des chasseurs ne sait pas ce qu’est un tir « de loin ». (300 m autorisés maxi). Parfois, avec le télémètre, on dépasse un tantinet cette distance, mais bon, la chasse est ainsi. Mon calibre 7rm en projectile de 11g est largement suffisant, je n’ai jamais perdu un animal, et je peux vous assurer qu’un chamois classe 3 de 59kgs, c’est costaud! Alors je me suis dit: et si je l’utilisais en battue, à la place de mon 8×57 JS en Mauser 98 ? Dans l’esprit aussi de me dire (je me parle beaucoup!) : si les autres tirent le chevreuil en battue avec une 9,3 x 62 , avec quoi vont-ils tirer le buffle en Afrique?!! Depuis ces réflexions, je tire des balles « lentes », des 11,9g de S&B , et je réussis bien là où un bon nombre de « boulons » échouent. Et j’ai du respect pour la venaison, ce qui échappe à bon nombre de chasseurs. Cà ne sert à rien de pulvériser les deux cuisseaux d’un fragile chevreuil et de lui rendre ensuite les honneurs! Donc l’expérience du vieux chasseur est concluante: pour le gibier français, la querelle balle lourde et balle trop rapide continuera, mais ne viendra jamais perturber mes propres certitudes.

    1. La balle de 11 grammes est « suffisante » parce que votre tir en approche est placé.
      En battue, difficile de placer une balle et mon expérience c’est que les chasseurs blessent et que l’animal n’accusant pas le coup, ils disent : « je l’ai loupé ». Ils ne l’ont pas loupé, ils l’ont mortellement blessé et c’est ça à longueur d’année, partout où je suis passé !!!
      « DIEU EST TOUJOURS DU COTE DES BALLES LOURDES ». Colonel Arthur B. Alphin, expert international et créateur de la marque A-SQUARE.

      1. Oui bien sûr, mais je reste dans mes certitudes par rapport à ce qui se passe REELLEMENT autour de moi. Si l’on va en battue c’est pour placer sa balle. Un sanglier de 80kgs qui traverse un layon de 30 mètres de large n’est PAS un tir improbable. Et beaucoup le tire, le manque ou le blesse, n’ayant jamais réglé leur arme ni même vu un sanglier-courant. Alors dans ces conditions je pense qu’ils comptent sur la GROSSEUR de leur projectile pour arrêter le gibier qui passe. Et ne font jamais ce que l’on doit faire en battue: doubler instantanément, car notre cerveau corrigera mieux cette deuxième trajectoire. Merci pour tous ces beaux articles, vraiment, mais je vis énormément sur ma propre expérience. A+

  3. l’adj Benjamin n’a pas utilisé de fusil cheytac M200. Ce n’est pas parcequ’il tire la .408 de la marque que c’est ce fusil…
    Ce n’est pas sérieux d’affirmer ça, renseignez vous.

  4. bonjour,

    C’est un plaisir que de lire vos articles et les bonnes références qui vont avec, notamment les arguments qui tordent le coup à des croyances sur les calibres magnum 300WM et autres utilisés en battue et pas conçus pour ça au départ. Tout à fait d’accord sur l’importance primordiale du placement de la balle.
    Je resterais un peu plus réservé sur l’efficacité des balles lourdes pour avoir recherché au sang et parfois longtemps des animaux de tous poids et toutes races touchés pas trop bien par des balles de 9,3x74R mal adaptées notamment les Tug de 18,5grs, des « boulons » comme disait un de mes amis fort tireur. Par contre le même calibre chargé avec des 15 ou 16 grs suffisament rapides et expansives sans se détruire s’approchent de la panacée. Je tire depuis très longtemps en 8x57mm des balles de 11grs en cuivre, et j’ai réussi des séries de sans faute avec ce calibre et ces munitions qui m’impressionnaient moi-même. Une de mes relations à 15O grands animaux par an (un fou) ne jure que par le 9,3 et Oryx 15grs à 800m/s, qui cottoie le top en matière d’efficacité et de plaisir au tir sur tous gibiers .

    1. J’ai toujours eu un probléme avec RWS, je n’arrive pas à comprendre la conception qu’ils ont des balles. Pour moi il n’y a que NORMA qui est au sommet.
      j’ai déjà parlé avec des types qui avait tiré des cerfs à la 9.3 et qui se plaignait qu’à l’impact l’animal n’accusait même pas le coup ! Je pense que dans ces cas là il faut augmenter le poids des balles et surtout utiliser des balles qui ne désintégrent pas à l’impact.
      Je rappelle aux amateurs de 9.3 que NORMA a sortie une 21 grammes !!! ce serai bien d’avoir un retour d’expérience.

  5. Bonjour nouveaux chasseur de sanglier que me conseillerez vous comme balle poids nb de grains pour une carabine semi auto impact one verney Caron canon de 47 cm en cal 30-06 merci cordialement

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