Dans le monde des armes de poing, rares sont les hommes dont les idées ont durablement modifié les pratiques des chasseurs. John Linebaugh appartient à ce cercle très restreint. Armurier américain, expérimentateur infatigable et observateur rigoureux de la balistique, il est à l’origine d’une véritable révolution dans le domaine des revolvers de gros calibre.
Une philosophie à contre-courant : Dans les années 1970 et 1980, la tendance est à la vitesse. Les fabricants rivalisent pour proposer des cartouches toujours plus rapides, convaincus que l’augmentation de la vitesse est la clé de l’efficacité terminale.
John Linebaugh prend une direction radicalement différente.
Selon lui, la chasse au grand gibier exige avant tout une pénétration profonde, une trajectoire rectiligne dans les tissus et un projectile capable de conserver son intégrité.
Autrement dit, une balle lourde, de grand diamètre, lancée à une vitesse raisonnable, sera souvent plus efficace qu’un projectile léger propulsé à très haute vitesse. Ce que ce site s’évertue à décrire depuis 2007…
Cette conviction, forgée par des années d’essais et d’observations, deviendra sa marque de fabrique.
L’armurier du Wyoming : Installé dans le Wyoming, John Linebaugh acquiert rapidement une réputation exceptionnelle. Il transforme principalement des revolvers Ruger, dont la robustesse lui permet de développer des chargements bien plus puissants que ceux destinés aux revolvers traditionnels.
Chaque arme est préparée avec un soin extrême. Les tolérances sont optimisées, les chambres ajustées avec précision et la solidité générale renforcée afin d’offrir une fiabilité irréprochable.
Son atelier devient rapidement une référence auprès des chasseurs recherchant un revolver capable d’affronter les plus grands gibiers d’Amérique du Nord.
La naissance de deux calibres de légende : En 1986 apparaît le 500 Linebaugh.
À l’époque, il s’agit d’une véritable révolution. Ce calibre propulse des projectiles dépassant souvent 400 grains avec une énergie impressionnante, tout en conservant des pressions compatibles avec un revolver de dimensions raisonnables.
Deux ans plus tard naît le 475 Linebaugh.

Plus facile à maîtriser, offrant un recul légèrement inférieur tout en conservant une pénétration exceptionnelle, il deviendra pour beaucoup le meilleur compromis entre puissance, précision et confort de tir.
Ces deux cartouches influenceront durablement l’industrie et ouvriront la voie à toute une génération de revolvers de très gros calibre.
La preuve par l’expérience : L’une des grandes qualités de John Linebaugh réside dans sa méthode de travail.
Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des calculs théoriques, il multiplie les essais pratiques. Il compare les effets des différents projectiles, étudie leur pénétration et analyse leur comportement sur des matériaux reproduisant les résistances rencontrées sur le gibier.
Ses conclusions remettent parfois en cause certaines idées reçues : Il montre notamment qu’une balle dure, lourde et de large diamètre conserve souvent une capacité de pénétration supérieure à celle d’un projectile expansif beaucoup plus rapide.
Cette approche influence durablement les chasseurs spécialisés dans le revolver de chasse.
Une influence bien au-delà de ses propres créations : Même les tireurs n’utilisant pas un 475 ou un 500 Linebaugh bénéficient aujourd’hui de son héritage.
Ses travaux ont contribué à réhabiliter le 45 Colt moderne dans des armes suffisamment robustes. Ils ont également inspiré de nombreux fabricants qui développeront par la suite des calibres toujours plus performants, comme le 500 S&W Magnum ou le 480 Ruger.
Si ces cartouches diffèrent techniquement de celles créées par Linebaugh, elles s’inscrivent toutes dans une évolution qu’il a largement contribué à initier.
Un homme respecté pour son humilité : Malgré son immense réputation, John Linebaugh est resté un artisan passionné plutôt qu’un industriel.
Ses écrits témoignent d’une grande modestie. Il ne cherchait pas à impressionner par des chiffres spectaculaires, mais à comprendre ce qui fonctionnait réellement sur le terrain. Ses articles sont encore aujourd’hui largement consultés, car ils privilégient les observations concrètes aux effets d’annonce.
Un héritage toujours vivant : John Linebaugh s’est éteint en 2023, laissant derrière lui bien plus que quelques calibres célèbres. Il a transmis une manière de penser la balistique, fondée sur l’expérience, la rigueur et l’efficacité réelle.
Pour les passionnés de chasse au revolver, son nom évoque immédiatement une idée simple : la puissance ne se résume pas à la vitesse. Elle réside dans l’équilibre entre le calibre, le poids du projectile, la pénétration et la précision.
Peu d’armuriers peuvent se targuer d’avoir changé durablement une discipline entière. John Linebaugh est de ceux-là. Son influence continue de se faire sentir dans les ateliers des fabricants, sur les pas de tir et jusque dans les holsters des chasseurs du monde entier.
John Linebaugh : L’homme qui a remis les Joules à leur place
John Linebaugh, ne raisonne presque jamais en joules.
Il raisonne en questions très concrètes :
- Est-ce que la balle traverse ?
- Est-ce qu’elle atteint les organes vitaux ?
- Garde-t-elle sa masse ?
- Continue-t-elle sa trajectoire après avoir rencontré un os ?
- L’animal tombe-t-il rapidement ?
Ce sont des questions de chasseur, pas de tableur Excel.
Et c’est probablement pour cela que ses conclusions dérangent : elles reposent sur l’observation du terrain autant que sur les principes mécaniques.
C’est précisément le terrain sur lequel John Linebaugh est devenu une référence. Il ne nie pas les chiffres ; il rappelle simplement que le résultat final est celui observé sur le gibier, pas celui calculé sur une feuille.
En France, dès qu’on parle de balistique, on voit très vite apparaître des tableaux de vitesses, d’énergies et de coefficients balistiques. Tout cela est utile, mais on s’arrête parfois avant la question essentielle : que se passe-t-il dans l’animal ?
John Linebaugh, à partir des années 1980, est parvenu à faire douter toute une génération de chasseurs, de rechargeurs et de passionnés de balistique.
Pendant des décennies, une idée s’est imposé presque comme une évidence : pour augmenter l’efficacité d’un projectile, il suffisait d’augmenter sa vitesse. Les progrès des poudres, des projectiles et des armes semblaient confirmer cette logique. Les catalogues mettaient en avant des vitesses toujours plus élevées, des trajectoires plus tendues et des valeurs d’énergie exprimées en joules toujours plus impressionnantes.
John Linebaugh observa pourtant que cette recherche permanente de vitesse ne conduisait pas toujours aux meilleurs résultats sur le terrain.
À travers son expérience d’armurier, de rechargeur et surtout de chasseur, il constata qu’une balle lourde, lancée à une vitesse modérée, pénétrait souvent plus profondément, conservait mieux sa masse et traversait les animaux les plus robustes avec une remarquable régularité.
Ses conclusions n’étaient pas fondées sur des calculs théoriques, mais sur des centaines d’observations réalisées au contact du gibier. C’est cette expérience accumulée qui donna à ses travaux une crédibilité exceptionnelle.
John Linebaugh ne cherchait pas à contester les lois de la physique. Il rappelait simplement qu’une valeur d’énergie cinétique, aussi impressionnante soit-elle, ne suffit pas à prédire le comportement réel d’un projectile dans un animal vivant.
Entre la bouche du canon et les organes vitaux interviennent la construction de la balle, sa masse, son diamètre, sa capacité à conserver son intégrité, à franchir les os et à poursuivre sa trajectoire jusqu’aux organes essentiels.
Son enseignement peut se résumer simplement : l’efficacité d’un projectile ne se mesure pas uniquement à l’énergie qu’il transporte, mais au travail qu’il accomplit dans le gibier.
Aujourd’hui encore, cette idée dérange parfois, tant le discours moderne reste dominé par les vitesses annoncées et les valeurs exprimées en joules.
Pourtant, des générations de chasseurs utilisant des revolvers de gros calibre continuent de vérifier sur le terrain ce que John Linebaugh défend depuis plusieurs décennies : lorsqu’il s’agit d’obtenir une pénétration profonde et fiable, une balle lourde, correctement construite et tirée avec précision demeure l’une des solutions les plus efficace.
Il y a une phrase de John Linebaugh qui résume toute sa philosophie :
« Velocity is not a killing factor. » « La vitesse n’est pas un facteur létal ».
Cette phrase est souvent mal comprise. Elle ne signifie pas que la vitesse est inutile. Elle signifie que la vitesse, à elle seule, ne tue pas. Ce qui tue, c’est la destruction des organes vitaux obtenue grâce à une pénétration suffisante et à un projectile adapté.
Pendant des décennies, les chasseurs, les fabricants d’armes, les militaires, ont entendu le même discours : Plus une balle est rapide, plus elle est efficace.
Les catalogues annonçaient des vitesses toujours plus élevées :
Les fabricants mettaient en avant des valeurs d’énergie de plus en plus importantes. Peu à peu, une idée s’imposa comme une vérité incontestable : la vitesse était devenue le principal critère de l’efficacité d’une munition.
Puis arriva John Linebaugh. Son expérience n’a toujours pas traversé l’Atlantique….!!!! Armurier, rechargeur et chasseur passionné, il observa que les animaux ne réagissaient pas toujours comme les tableaux balistiques le laissaient prévoir. Son expérience allait remettre en question l’une des croyances les plus solidement ancrées dans le monde des armes de chasse.
John Linebaugh n’est pas devenu une référence parce qu’il fabriquait d’excellents revolvers. Il est devenu une référence parce qu’il a passé sa vie à observer ce qui se produisait réellement lorsqu’une balle rencontrait un animal.
Là où beaucoup raisonnaient à partir de chiffres, lui raisonnait à partir de résultats.
Première idée reçue : La vitesse est le principal facteur d’efficacité. Puis on démonte calmement cette affirmation.
Pas de polémique, seulement des faits.
Deuxième idée reçue : Les joules permettent de connaître le pouvoir d’arrêt d’une balle. Là encore, on explique.
Les joules décrivent une énergie, ils ne décrivent pas une blessure.
Ils ne décrivent pas une pénétration.
Ils ne décrivent pas une hémorragie.
Ils ne décrivent pas la mort de l’animal.
Cette nuance est capitale.
Il n’est pas seulement un fabricant de revolvers, il est un penseur de la balistique terminale. C’est très différent. À ma connaissance, aucun ouvrage en français ne lui rend cette place.
Nous vivons à une époque où tout se mesure.
La vitesse.
Les joules.
Les coefficients balistiques.
Les trajectoires.
Les chiffres sont partout.
Pourtant, lorsqu’un chasseur presse la détente, une seule question compte réellement : La balle fera-t-elle correctement son travail ?
Le 475 Linnebaugh à l’épreuve du RD+P
Le RD+P a été mis au point pour calculer l’efficacité des balles de carabines, en battue en prenant en compte seulement leur poids et leur calibre. Il n’est pas conçu pour les armes de poing, mais on peut en tirer des enseignements.
Évidemment, le seuil minimum de 295 de RD+P n’est pas atteint, on est à 216. Le probléme c’est que ces chiffres sont donnés sans connaitre la longueur du canon, qui est un facteur important. Je comprends certains récits de chasse au revolver avec des canons de 10 pouces, ça ne me parait pas exagéré avec ce calibre. 8 pouces c’est le minimum pour exploiter la puissance d’un 44 Magnum. Alors avec un 475, 10 pouces c’est OK. Mais dans le cas présent on ne sait pas.
Si je devais faire réaliser une arme de ce type sur-mesure, je demanderai que au fabricant de partir d’un canon de 12 pouces et de couper centimètre par centimètre le canon jusqu’à arriver à l’équilibre, qui doit se situer aux alentours de 10-11 pouces.
Même sur du très gros gibier, type buffle, on peut dire que jusqu’à 40-50 mètres on est bon. Avec quand même la bonne structure de munition. Au-delà cela dépend de la fragilité du gibier… Mais une chèvre de montagne à plus de 100 mètres avec une lunette et un canon de 10 pouces, comme je l’ai vu dans le livre sur les chasseresses, c’est bon.
Programme pour calculer le RD+P : « Rendement/Distance/Poids » d’une balle de carabine en battue.









