
De Poussin à Rennes-le-Château, de l’Arcadie à Shambhala : La recherche d’une géographie sacrée et d’un mystérieux Centre primordial
Et si l’Arcadie n’était pas seulement un lieu ? Et si les bergers de Nicolas Poussin ne contemplaient pas simplement un tombeau ? Et si, derrière les quatre mots « ET IN ARCADIA EGO », se cachait aussi l’idée beaucoup plus ancienne d’un territoire sacré organisé autour d’un Vortex, le centre d’une roue ?
Cette question prend une résonance particulière lorsqu’on quitte progressivement l’Arcadie mythique pour se tourner vers un autre territoire chargé de mystères :
Rennes-le-Château : Depuis des décennies, ce village de l’Aude et les paysages qui l’entourent alimentent recherches, hypothèses, légendes et interprétations ésotériques. Trésor caché, abbé Saunière, énigmes religieuses, géométrie sacrée, tombeau mystérieux, paysages remarquables, alignements supposés…
Tout ou presque a été écrit. Mais une autre piste mérite d’être suivie. Et si l’énigme n’était pas seulement cachée sous la terre ? Et si elle était inscrite dans le territoire lui-même ? C’est ici qu’apparaît une hypothèse fascinante :
Celle d’un « cromlech » symbolique, d’une géographie sacrée organisée autour d’un Centre (une Roue) primordial.
Et pour essayer d’en comprendre le sens, il faut commencer très loin de Rennes-le-Château. Il faut retourner en Arcadie.
Mais dans l’imaginaire occidental, l’Arcadie dépasse très largement la géographie. Elle devient progressivement la représentation d’un âge primordial, d’un monde préservé de la corruption où l’homme vit encore en harmonie avec la nature.
- Elle évoque :
- la nature originelle ;
- l’harmonie entre l’homme et le cosmos ;
- un monde symboliquement situé hors du temps ;
- la mémoire d’un âge d’or perdu ;
- l’état originel de l’être humain.
L’Arcadie devient ainsi une sorte d’Éden païen. Mais quelque chose vient roubler ce paradis.
Un tombeau ! Avec un inscription Latine : « ET IN ARCADIA EGO » : « La mort est aussi au paradis ». Au centre du mystère se trouvent quatre mots : « ET IN ARCADIA EGO ». La formule est traditionnellement comprise comme l’irruption de la mort au cœur même de l’Arcadie :
« Moi aussi, je suis en Arcadie. » Le « moi » pouvant être compris comme la Mort elle-même. Voilà le paradoxe. L’Arcadie représente le paradis terrestre, l’harmonie, la nature et l’âge d’or. Pourtant, au milieu de ce monde idéal, les bergers découvrent un tombeau.
Mais regardons le comportement des bergers. Ils ne fuient pas. Ils observent. Ils touchent la pierre. Ils déchiffrent.
Ils cherchent à comprendre. Le tombeau cesse alors d’être uniquement le symbole de la fin. Il devient une porte vers la connaissance.
Elle marque un passage : MORT → TRANSFORMATION → RENAISSANCE.
L’initié doit symboliquement mourir à son ancienne condition pour accéder à une compréhension nouvelle. Le tombeau peut alors représenter celui du vieil homme, celui que l’on était avant de connaître.
La scène des bergers prend une autre dimension :
Pierre = permanence
Berger = mouvement
Nature = cycle
Homme = conscience
Et l’inscription relie les quatre : « ET IN ARCADIA EGO ».
- Pourquoi des bergers ?
- Pourquoi Poussin représente-t-il des bergers ?
- Pourquoi pas des philosophes, des prêtres ou des savants ?
- Parce que le berger possède une caractéristique essentielle :
LE BERGER CONNAÎT LE TERRITOIRE.
Il sait où se trouvent les sources.
Il connaît les passages.
Il connaît les montagnes, les vallées et les dangers.
Il observe les saisons et les étoiles.
Il connaît les cycles de naissance, de croissance, de mort et de renouvellement.
Symboliquement, le berger connaît donc ce que nous pourrions appeler : La géographie invisible du monde.
Le berger devient gardien, guide et initié.
Nous pouvons alors proposer une grille de lecture :
Le troupeau = les hommes
Le berger = celui qui possède la connaissance
Le chemin = l’existence
La montagne = l’élévation
La source = la connaissance
Le tombeau = le mystère
L’inscription = le message
L’Arcadie = l’état primordial
Le berger devient ainsi : LE GARDIEN DU CHEMIN.
Et c’est précisément cette notion de territoire connu de quelques-uns seulement qui nous ramène vers Rennes-le-Château
C’est ici que notre lecture change. On cherche souvent le mystère de Rennes-le-Château dans les textes, les constructions, les symboles religieux ou l’éventuel secret de l’abbé Saunière.
Mais que se passe-t-il si nous reculons de quelques kilomètres ? Si nous cessons de regarder uniquement le village ? Apparaît alors un territoire beaucoup plus vaste : montagnes, vallées, sommets, cours d’eau, anciens chemins, églises, villages et lieux auxquels les traditions locales ou les chercheurs ont parfois attribué une importance particulière.
L’hypothèse devient alors : ET SI LE PAYSAGE ÉTAIT LUI-MÊME LE MESSAGE ? Dans cette perspective, Rennes-le-Château ne serait plus nécessairement le secret. Il pourrait être un élément d’une géographie symbolique beaucoup plus vaste.
La question devient alors beaucoup plus intéressante. Car le cercle est l’un des symboles les plus anciens de l’humanité.
- Il représente :
- l’unité, le cycle, le ciel, la totalité, l’éternité.
- Mais un cercle implique autre chose.
- UN CENTRE.
- Et sans Centre, le cercle perd sa fonction symbolique.
- Voilà peut-être le véritable changement de perspective.
- Nous ne chercherions plus seulement : « Où est le trésor ? » mais : « Où est le Centre ? »
Le Cromlech primordial : J’emploie ici volontairement l’expression : CROMLECH -vortex- PRIMORDIAL. Non pas pour désigner un monument préhistorique dont l’existence serait archéologiquement démontrée autour de Rennes-le-Château, mais comme concept symbolique.
Le Cromlech primordial serait la représentation d’un territoire sacré organisé autour d’un point central, un vortex. Nous retrouvons alors une structure extrêmement ancienne : CERCLE → CENTRE → AXE → ÉLÉVATION.
- Le cercle délimite l’espace.
- Le Centre ordonne cet espace.
- L’axe relie les niveaux du monde.
- Et l’élévation conduit symboliquement vers le monde supérieur.
Nous venons de retrouver l’un des grands concepts de la géographie sacrée : L’AXIS MUNDI. Un méridien sacré pour ceux….. qui savent lire à travers les lignes…..
La montagne : l’axe entre les mondes : La montagne occupe une place extraordinaire dans les traditions humaines.
Pourquoi ? Parce qu’elle relie symboliquement : TERRE → CIEL
- Elle constitue un axe vertical.
- Mont Meru.
- Mont Kailash.
- Mont Olympe.
- Mont Sion.
- Montagne cosmique.
- Montagne du Paradis.
- Mont Shasta
- Mont B…………..
Ces traditions témoignent d’un archétype récurrent : La montagne comme lieu de communication entre plusieurs niveaux du monde. Elle devient un Axis Mundi. L’Axe du Monde.
Et si nous cherchons un territoire sacré autour de Rennes-le-Château, la question n’est donc plus seulement de rechercher un cercle.
Il faut rechercher : LE CENTRE DU CERCLE, le Vortex.
Il ne s’agit toujours pas d’affirmer une filiation historique (ou pas encore ;-))) ) entre Rennes-le-Château et la tradition de Shambhala.
Nous comparons des structures symboliques. Shambhala représente un royaume caché. Un territoire préservé. Un Centre spirituel inaccessible à l’homme ordinaire.
Mais surtout : Le royaume existe, mais il faut savoir comment l’atteindre. Le voyage extérieur devient progressivement un voyage initiatique. Plus le chercheur s’approche du Centre, plus la géographie matérielle semble céder la place à une géographie intérieure.
Et nous retrouvons soudain notre berger d’Arcadie. Le chercheur de Shambhala cherche le chemin. Le berger connaît le chemin. Ils incarnent deux formes d’une même fonction symbolique : CELUI QUI SAIT COMMENT ATTEINDRE LE CENTRE.
Dans la tradition grecque, les Hyperboréens vivent « au-delà de Borée », au-delà du vent du Nord.
- Le mot essentiel devient : AU-DELÀ.
- Au-delà du monde connu.
- Au-delà des frontières ordinaires.
- Au-delà de la géographie quotidienne.
- Nous obtenons progressivement une étonnante carte symbolique :
ARCADIE : Le paradis originel
↓
RENNES-LE-CHÂTEAU : Le territoire de l’énigme
↓
CROMLECH : L’espace sacré organisé
↓
CENTRE : Le point caché
↓
MONTAGNE SACRÉE : L’élévation
↓
AXIS MUNDI : La communication entre les mondes
↓
HYPERBORÉE / SHAMBHALA : Le royaume situé au-delà du monde ordinaire
Mais il manque encore quelque chose : L’homme.
- Arcadie.
- Rennes-le-Château.
- Hyperborée.
- Shambhala.
- Puis nous cherchons un cercle.
- Puis son Centre.
- Puis une montagne.
- Puis un axe.
Mais progressivement, quelque chose se produit. Plus nous nous rapprochons du Centre (de la Roue), moins le voyage est extérieur. C’est probablement ici que la lecture ésotérique devient la plus profonde. Et si le territoire sacré était aussi une représentation extérieure d’une réalité intérieure ?
L’Arcadie serait alors moins un territoire qu’un état de conscience. Le cromlech moins un cercle de pierre qu’une représentation de l’ordre cosmique. La montagne moins un relief qu’une élévation de l’être.
Shambhala moins un royaume à localiser qu’un Centre caché. Et le Centre du territoire deviendrait l’image du Centre de l’homme.
« Notre vie et celle de l’univers ne s’établissent pas jour après jour sur une infinie route droite. Elles ne connaissent que la courbe et cette courbe est une Roue qui à son tour génère d’autres Roues dont les rayons sont au nombre de 8, l’éternité. Ainsi, il en est dans ces montagnes qui sont des hommes et des femmes de la Roue. La Roue est le symbole et l’une des grandes lois de tous les peuples qui ont compris le pourquoi du ressac de la mer sur les rivages. Le ressac des âmes en ce monde est ordonné par la force de ce même mouvement.
Toute la richesse de ceux qui ont compris cela, consiste à se tenir le plus proche possible de l’axe de la Roue, là où l’acte prend sa logique.
L’âme qui est centré en elle-même voit avec justesse tous les rayons de la Roue qui mènent les hommes vers leur propre axe. Ainsi, si la connaissance des méandres de ce que l’on appelle le passé ne conduit pas au cœur de la Roue, elle en facilite parfois l’accès, elle ouvre des portes ». Anne et Daniel MEUROIS-GIVAUDAN. « Chemins de ce Temps-là ». « De mémoire d’Essénien ». Tome 2.
Tout avait commencé avec quelques bergers. Ils marchaient dans un paysage qu’ils pensaient connaître. Puis ils rencontrent une pierre. Un tombeau. Une inscription.
ET IN ARCADIA EGO.
- Ils s’arrêtent.
- Ils observent.
- Ils cherchent à comprendre.
- Peut-être est-ce cela, finalement, le véritable message.
- Le monde visible contient quelque chose que nous ne voyons pas immédiatement.
- Le paysage peut devenir langage.
- La pierre peut devenir message.
- Le tombeau peut devenir porte.
- Le chemin peut devenir initiation.
- Et le berger devient celui qui sait lire le territoire.
Dès lors, regarder Rennes-le-Château uniquement comme le théâtre d’une histoire de trésor serait peut-être passer à côté de la question la plus intéressante.
ET SI LE TRÉSOR ÉTAIT LE TERRITOIRE LUI-MÊME ? ET IN ARCADIA EGO : le mystère du Cromlech -vortex- primordial.
Nous pouvons maintenant reprendre tout le chemin :
ARCADIE : Le paradis originel
↓
BERGERS : Ceux qui connaissent le territoire
↓
TOMBEAU : La découverte du mystère
↓
ET IN ARCADIA EGO : Le message
↓
RENNES-LE-CHÂTEAU : Le territoire à déchiffrer
↓
CROMLECH PRIMORDIAL : L’espace sacré
↓
CENTRE : Le point d’origine
↓
MONTAGNE : L’élévation
↓
AXIS MUNDI : L’axe entre les mondes
↓
SHAMBHALA / HYPERBORÉE : Le Centre caché
↓
HOMME : Celui qui découvre finalement le Centre en lui-même.
Nous pensions chercher un trésor.
Nous avons trouvé un territoire.
Nous pensions chercher un tombeau.
Nous avons trouvé une porte.
Nous pensions chercher un cromlech.
Nous avons trouvé un Centre.
Nous pensions que ce Centre se trouvait quelque part dans le paysage.
Et peut-être découvrons-nous finalement que toute géographie sacrée conduit à une dernière question :
ET SI LE CENTRE EXTÉRIEUR N’ÉTAIT QUE L’IMAGE DU CENTRE INTÉRIEUR DE LA ROUE ?
C’est peut-être là que se rejoignent symboliquement Poussin, l’Arcadie, Rennes-le-Château, le Cromlech primordial, Shambhala, l’Axis Mundi et le Méridien de Paris ou celui de François Mitterrand qui croyait « …aux forces de l’Esprit ».
Retrouver le Centre de la Roue qui est peut-être aussi un vortex
Et peut-être est-ce précisément là que se cache le véritable trésor de Rennes-le-Château.








