Histoires de chasseurs et histoires de chiens.

Histoires de chasseurs

Tout d’abord il faut que vous sachiez que je chasse dans un milieu encore très rural. Rien n’a vraiment changé depuis des décennies. La plupart des gens avec qui je chasse je ne les connais que par leur pseudonyme. On retrouve cette tradition dans l’armée. C’est une pratique ancestrale qui en son temps finit par aboutir au nom que nous possédons tous aujourd’hui. Exemple : CAPDEPON signifiait « celui qui habite en haut du pont » comme CABANIER signifiait « celui qui habite la cabane » (dans le bois), MIEGEVILLE, « celui qui habite au milieu de la ville », DET TAILLUR en patois signifie « le tailleur » et on appelait ainsi celui qui habitait cette maison anciennement occupée par un tailleur. On appelle souvent les gens par leurs origines, leurs professions, leurs caractéristiques physiques, leurs qualités de tireur, etc… On dit « le Basque » pour un chasseur originaire du pays basque, « Carcasse », « Cauquille », parce qu’il est  vouté, « Le cuistot », « Le Russe », « Rambo ».

Appelons les JP.T et « le cuistot ». Le cuistot tire et blesse un sanglier qui laisse du sang sur le chemin. Il tient absolument à suivre le sanglier de suite, JP préfèrerait attendre « c’est trop dangereux il va nous attendre et nous charger ». Le cuistot insiste et part devant, seul. JP le suit de loin bon gré, mal gré. Le cuistot suit les traces de sang sur le chemin et progresse assez rapidement. Mais il ne se rend pas compte qu’à un moment donné les traces de sang tournent à 90° vers la montée. Il continue tout droit en cherchant les prochaines traces de sang qu’il ne trouve plus et pour cause… ! JP suit en retrait, bien lui en a pris. Le sanglier blessé se sachant suivi était assis sur son train arrière, à l’écart du chemin et attendit que le cuistot passe devant lui pour lui foncer dessus par derrière. JP n’eut que le temps de le tirer et de le tuer en pleine charge, juste à temps.

Daniel M. grand piqueur devant l’Éternel, se fait charger par un sanglier blessé qui l’envoie rebondir contre un arbre. A moitié assommé il réussit à ouvrir son arme, extrait les deux cartouches et les remplace. Pendant ce temps le sanglier reprend de l’élan et lui fonce à nouveau dessus avec la ferme intention de l’ouvrir de bas en haut. Il pose le canon sur la tête du sanglier mais ne peut pas tirer parce que sa jambe est coincée sous le sanglier… Et pendant qu’il essaye de se dégager pour pouvoir tirer, il hurle à son beau frère « ne lâche pas les chiens, ne lâche pas les chiens ! » En effet ses deux fox « Tonnerre et Eclair » étranglés de rage ne demandent qu’à défendre leur maitre et « bouffer du cochon ». Au terme de secondes interminables il arrive à dégager non pas sa jambe mais à peine son pied et lâche les deux balles, canon posé sur la tête du cochon, à la verticale de son pied.

Daniel M. encore lui, tient son fox en lui comprimant le cou pour stopper une hémorragie provoqué par un sanglier. Il descend rapidement la piste pour faire soigner le chien. Quand tout à coup sort des buis à fond dans sa direction, le cochon en question, qui leur fonce dessus. Le temps de « jeter » le chien par terre, d’attraper le fusil et de tuer le sanglier à bout portant.

Dans l’Aude un président de chasse a eu la vie sauve grâce au fox qui sauta au groin du sanglier qui venait d’attaquer son maitre (74 ans) et ne le lâcha plus jusqu’à qu’il s’en aille. Il fallut quand même l’évacuer par hélicoptère. Le Fox venait de lui sauver la vie.

Cette histoire parue dans le Chasseur Français sous le nom de « La Pie vitrière » : J’ai chassé avec la personne à qui s’est arrivé et qui se serait bien garder de cette publicité. En fait il fut « dénoncé » par un de ses amis. Monsieur Martre voit un jour depuis l’intérieur de son séjour, une pie en train de piétiner ses plantations. « Ah putain…! Toi ça va être ta fête !» dit-il. Il court se saisir d’un fusil, d’une cartouche de plomb, vise la pie et BOUM ! Plus de véranda ! Il avait tout simplement oublié d’ouvrir la baie vitrée.

Connaissez-vous le « poste du Russe » ? C’est l’histoire d’un chasseur Polonais qui n’était même pas Russe. Mais bon c’est comme ça qu’ils avaient décidé de l’appeler. Et je suis bien placé pour savoir que l’on ne peut rien y changer…! « Le Russe » en question est au poste et voit un gros sanglier arrivé droit devant lui. Le cochon s’arrête pour inspecter le terrain avant d’aller plus loin. Le Russe en question prend sa visée, vise la tête, tire et… le cochon ne bouge pas ! 2ème balle ! 3ème balle, rien ! Le cochon ne bouge toujours pas. Fou de rage il recharge, retire plusieurs balles, appelle son collègue parce qu’il n’a plus de balles. Le sanglier ne bouge toujours pas et le regarde toujours fixement. Et pour cause ! La première balle l’a atteint en pleine tête, mort sur le coup, il était resté coincé dans une grosse souche en forme de V. Au troisième chargeur il fallut arrêter le type de force, il devenait fou ! D’où le nom de cet endroit dit « poste du Russe ».

« Le poste à Monique » C’est le poste 17. Quinze jours auparavant, j’avais accompagné Monique au stand de tir pour lui donner quelques conseils et notamment celui de recouvrir la bête des organes de visée, sinon « on fait bas ». Donc en pleine forêt seule, appuyée contre un arbre, elle est au poste quand elle entend le pas caractéristique d’un sanglier. Elle commence par se cacher derrière l’arbre. Puis elle voit apparaitre un sanglier. Elle vise, tire et sans attendre le résultat reste derrière l’arbre, morte de peur. Un court instant après elle jette un coup d’œil, voit le sanglier par terre et suivant les conseils que je lui avais donnés, tire une deuxième balle à la tête. C’était son premier sanglier, les deux balles étaient sous l’oreille et quasiment dans le même trou ! Le sanglier faisait plus de 100 kg, ce qui est très rare dans cette région. Un an après cet exploit, elle d’endormie dans un pré au soleil et le sanglier lui passa juste à côté sous l’œil pas très ravi des collègues postés à l’autre bout du champ.

Jean-François T. fils de chasseur de génération en génération, n’a pas honte de raconter qu’il redescendit un jour au village, les jambes tremblantes, le sanglier l’avait chargé, le soulevant de terre pour le propulser au dessus des buis.

Une autre histoire d’un très vieux chasseur qui se contente maintenant « de suivre  la chasse ». SAINT-PAUL de son nom : « J’étais posté au bord d’un maïs, le cochon sort à fond vers moi, je tire, je rate et la suite…. Hé bé…! Je me le suis gagné avec les jambes ! ». Sous entendu pour monter dans l’arbre le plus proche !

On est juste après la fin de la seconde guerre mondiale, impossible de se procurer des cartouches et de toute façon c’est trop cher. Par contre les munitions abandonnées ne manquent pas. Le père de JP T. bricolait ses balles de la manière suivante : « Il dessertissait les balles militaires et récupérait les ogives. Il en mettait trois dans une cartouche de 12 avec un point d’étain au milieu. A l’époque, on tirait les cochons à quelques mètres, ça volait plus ou moins bien mais alors… bonjour les dégâts ! »

Je me souviens d’un mois de janvier, donc en plein hiver et qui plus est, en moyenne montagne, une biche avait été tuée, puis tombée au fond d’une rivière. Le président Sébastien B. plongea dans l’eau glaciale pour attacher les pattes de la biche, puis ils la tirèrent sur près d’un kilomètre dans le lit de la rivière avec de l’eau jusqu’à la taille.

Quand un troupeau de sangliers s’attaquent à un champ de maïs ils prennent bien soin de ne pas abimer les épis visibles depuis l’extérieur du champ. Ils ne mangent que le maïs situé au centre de la parcelle. Si bien que si vous ne pénétrez pas à l’intérieur de la parcelle vous avez l’impression qu’il n’y a pas de dégâts.

L’histoire qui suit ne peut être savourée que raconter avec l’accent du terroir par celui qui l’a vécue, elle reste ma préférée.

Nous sommes en moyenne montagne, les chiens sont sur un sanglier « debout », Jacques T. son chien à la longe, se retrouve tout à coup au pied d’un rocher haut de 10 mètres. Imaginez le piqueur tenant le chien qui aboie « au ferme » au pied d’une muraille. Dialogue surréaliste : « Ce c.. de chien s’arrête et aboie face au rocher. Je le tire pour passer ailleurs, il revient contre le rocher et « fais ferme ». Il est fou ce chien… ! Mais tu vois bien que c’est un rocher pas un sanglier que je lui dis ! Il continue de faire ferme ! Puis quand même au bout d’un moment… je vois que le chien lève la tête. Alors moi aussi je lève la tête et qu’est ce que je vois : le sanglier pendu dans une fourche au sommet d’un arbre. Le sanglier poursuivi par les chiens avait sauté une barre rocheuse et s’était coincé au sommet d’un arbre en retombant. C’est pour ça que le chien levait la tête… ! ». Le sanglier a force de donner des coups de reins pour se dégager était tout pelé. Jacques appelle le beau-frère qui arrive et lui explique : « Tu attends qu’il donne un coup de rein et tu tires pour qu’il puisse retomber ». Le beau-frère tire une fois, deux fois, 3 fois. Dégouté il jette le fusil par terre et rentre au village. C’est un troisième chasseur qui arrive, attend que le sanglier donne un coup de rein, tire et le sanglier dégringole, mort.

Histoire de chiens

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JENNY une chienne adorable à qui il ne manquait même pas la parole, puisqu’elle utilisait le langage des sourds-muets. Quand un cochon était dans un roncier, elle s’arrêtait, regardait son maitre puis désignait le roncier de la tête ! Une fois lâchée en plaine, elle faisait sans rien lui demander le tour de tous les champs de maïs pour vérifier les entrées et sorties des cochons. Comme certains humains elle ne voulait pas partager ses connaissances de la chasse au sanglier. Quand ses deux filles étaient là, soit elle refusait de chasser… soit elle les perdait ! Vous allez voir comment. JENNY savait qu’un sanglier était remisé dans un roncier tout proche. C’est alors qu’elle partait dans la direction opposée en faisant semblant d’être en quête. Ces deux filles embrayaient automatiquement, puis elle s’arrangeait pour les perdre. Ces deux filles perdues, elle revenait au roncier et s’attaquait au sanglier toute seule, hors de question de partager ! Un jour j’ai entendu dire un chasseur, Gérard D. : « le problème avec JENNY c’est que si on ne trouve pas un sanglier, elle va se le chercher ». Autrement dit elle part dans la montagne jusqu’à qu’elle en trouve un et le fasse démarrer, elle se fatigue inutilement. Son maître Jean-Pierre T, artisan, habite la maison à coté de son frère. Un samedi matin où fait exceptionnel il était resté endormi, JENNY le réveille en gémissant quand elle entend la voiture de son frère démarrer. Jusque là rien d’anormal puisque c’est tous les jours à la même heure qu’il part au travail ou « faire le pied » sauf que la chienne « savait » que l’on était samedi et donc jour de chasse et que son maitre aurait du partir en même temps que son frére.

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Un jour j’ai vu un chien qui traversât le village et toute la plaine en aboyant pour nous rejoindre, après avoir démonté le chenil quand il entendit ses collègues chasser et pas lui !

Je connais un chasseur qui lorsqu’il part à la chasse, pose d’abord sa cartouchière sur une chaise. Évidemment le chien, devient fou ! Au bout de 5 minutes si le maitre ne s’est toujours pas préparé, le chien va chercher les chaussures de chasse et les lui colle devant.

C’est l’histoire d’HURGO, qui avait été dressé à la recherche au sang à l’aide d’une patte de cerf. Lors d’une promenade en forêt, qu’elle ne fut pas la surprise de son maitre en le voyant revenir très fier, avec dans la gueule une patte de cerf ! Ce dernier avait été sans nul doute braconné puisque la patte était sciée.

Un chasseur me racontait que lorsqu’il part à la chasse, il pose d’abord sa cartouchière sur une chaise. Le chien évidemment devient fou. Au bout de dix minutes si le maitre n’a rien fait de plus, le chien va chercher les chaussures de chasse et les colle devant lui.

CARTOUCHE, un autre chien qui méritait bien son nom. Mort en Guerrier de la chasse en novembre 2007.

« Le ferme » (fixez le sanglier à distance) connaît pas !! C’est bon pour les couilles molles !!! Lui il sautait carrément sur le cochon, il ne connaissait que le corps à corps. Déjà en 2006 il était sorti d’un combat avec trois trous dans la tête, 3 dents de sanglier !!. Voir la photo ci dessous :

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CARTOUCHE est attaché en laisse, il filtre et analyse de ses yeux et de ses oreilles, les aboiements des autres chiens qu’il entend au loin.

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Il analyse le son des aboiements pour savoir s’ils sont simplement en quête ou sur un cochon « debout », alors que lui est attaché !!! Il a le regard défocalisé d’un drogué de la chasse, en manque !!  L’intensité de son regard est absolument extraordinaire.

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