Faut-il identifier avant de tirer ou identifier avant de prendre la visée ? Tir fichant ou zone fichante ?

Faut-il identifier avant de tirer ou identifier avant de prendre la visée ?

Cet article est maintenant illustré par des photos de mise en situation grâce aux talents de Christian C, un Pro du Photoshop. Je pense que ce sont des photos qui seraient utiles de montrer lors de stages sécurité organisés par les Fédérations.

Les consignes de tir ont ceci de particulier c’est qu’elles ont été édictées le plus souvent par d’authentiques chasseurs, mais certainement pas par des tireurs ou des individus ayant étudié le comportement d’un individu soumis à un stress intense.

Oui… ! L’arrivée d’un grand gibier lancé, peut provoquer chez n’importe quel individu des comportements incohérents. Quand un accident de chasse par tir direct arrive, le tireur dit toujours : « j’étais persuadé que…. », « J’ai vu tel animal…. ». A la base il y a toujours une certitude. Cette dernière prend le pas sur la raison et on en arrive même à confondre deux animaux, uniquement parce qu’on vous répète qu’il faut absolument finir tel ou tel plan de chasse. Lorsque le stress est intense, on finit par voir ce que l’on attend depuis longtemps et à partir de là il n’y a plus un vrai processus d’identification mais un processus d’identification par… élimination, par défaut.

La consigne de sécurité : « identifier avant de tirer » ne fait qu’aggraver le problème. Cela sous-entend que l’individu a son arme pointée dans la direction de ce qu’il a d’abord vu ou entendu et vers laquelle il dirige son arme. Qui plus est comme pour tous les non-tireurs, il aura évidemment le doigt sur la détente au lieu de l’avoir sur le pontet. La pression mentale : « l’animal peut-il être tiré », « il ne faut pas rater », tout cela se mélange dans la tête, la pression du doigt s’accentue sur la détente et le coup part « tout seul…! » Évidemment !

Alors qu’une consigne de sécurité qui tiendrait compte du comportement du tireur en battue, devrait être : « identifier avant de prendre la visée ! ».

D’abord bien préciser que l’index ne doit jamais quitter le pontet. On ne met son doigt sur la détente que lorsque on a décidé de tirer, pas avant. Il faut dire et répéter aux tireurs que lorsque l’animal est vu et/ou entendu, ils doivent épauler leur arme en pointant le canon à 45° vers le sol ou légèrement au dessous dans la direction de ce qui arrive (pour le moment on ne sait pas ce que c’est). Cette pré-position de tir vous assure déjà une bonne avance pour tirer si c’est un animal, elle vous permet de dé-sépauler si, comme je connais quelqu’un à qui c’est arrivé, « l’animal » qui montait la pente en faisant rouler les cailloux et en soufflant « comme un bœuf » était un champion de course à pied en montagne…. !

Une fois l’animal identifié comme pouvant être tiré, le canon de la carabine ne fait que remonter légèrement, on prend sa visée et on commence à presser la détente si elle est équipée d’une bossette ou, si elle est directe, on commence à exercer une légère pression (d’où l’importance de bien connaitre sa détente). La suite c’est d’arriver à se « verrouiller » sur l’animal, c’est-à-dire être capable de le suivre une fraction de seconde dans son système de visée, puis lâcher la balle, sans devancer son tir mais tout en continuant de le suivre pour qu’il n’y est pas de décalage entre le point visé et le point touché.

Je précise que ces photos sont issues d’un milieu dit « moyenne montagne ». On est pas dans les plaines, en ligne… La vigilance est extrême, il peut y avoir plusieurs centaines de mètres entre deux postes.

Les branches craquent brutalement, les cailloux roulent, quelque chose m’arrive droit dessus…

01 les branches carquent quelque chose arrive

Je pré-épaule mon arme, canon à 45° vers le sol et je cherche à identifier…02 bis le tireur pré épaule l'arme à 45°et cherche a identifier par dessus son arme

Ce qu’il ne faut jamais faire : Épauler et viser dans la direction du bruit. Ne pas viser et chercher à  identifier en même temps !02 le tireur vise et cherche à identifier en même temps ce qu'il ne faut pas faire feu rouge

Le fameux coureur en montagne qui « monte une pente en soufflant comme un bœuf un sanglier, en faisant rouler les cailloux… » (vécu par un collègue).03 joggeur feu rouge copie

L’arme toujours à 45° vers le sol, l’identification est en cours… C’est bon ! Le canon passe de 45° vers le sol à la position de tir. l’animal marque un temps d’arrêt quand il voit l’arme bougée. Jetez le guidon sur lui, si la lunette est  réglée à 2-3 il sera pile au centre de la lunette…Feu…!

04 c'est bien un animal à tirer

La suite c’est d’arriver à se « verrouiller » sur l’animal, c’est-à-dire être capable de le suivre une fraction de seconde dans son système de visée, puis lâcher la balle, sans devancer son tir mais tout en continuant de le suivre pour qu’il n’y est pas de décalage entre le point visé et le point touché.

05 Feu !

Quand on  n’a pas le temps d’identifier avant de prendre la visée, on laisse passer. Identifier c’est s’assurer que l’on ne prend pas son désir pour la réalité.

Lire l’article : « Mais pourquoi a t’il tiré sur un ours ? »

Tir fichant ou « zone fichante ».

Les consignes de sécurité disent que le tir doit être « fichant ». Selon l’animal tiré, deux tirs fichants dans des conditions identiques peuvent se révéler extrêmement dangereux.

Un sanglier tiré à une distance moyenne, (en battue) 50 mètres, le coffre de l’animal est à 70 centimètre au dessus du sol. Même si la balle passe au dessus de la colonne vertébrale, le tir ne présente pas de danger particulier et le tir sera fichant. On peut dire que sur cet animal le tir se fait à peu prés à 45°. Il en va tout autrement du tir sur un cervidé, qu’on le tire au coffre ou dans la colonne au cou. La zone de tir se situe à 1.50 voire presque 2 mètres au dessus du sol. Tirer un cervidé sur un terrain plat en étant soi même au même niveau c’est prendre le risque d’envoyer le projectile à plus de 300 mètres compte tenu que l’angle sera proche de 0°.  C’est la raison pour laquelle nous préférons substituer à l’expression « tir fichant », la formule « zone fichante ». Un tir peut-être fichant et resté dangereux. Une zone fichante c’est une zone bien défini et surtout visible du point de vue du tireur et dans laquelle il va « précipiter » son projectile qu’il fasse mouche, que la balle traverse ou qu’elle soit à coté.

Nous constatons à la lecture des accidents de chasse qu’il y a de plus en plus de tir direct qui se produisent lors du tir d’un animal qui se trouve placé devant une haie, sans qu’il soit envisagé par le tireur qu’il puisse y avoir quelqu’un d’autre derrière la dite haie. Pour tirer un animal en toute sécurité, si vous voyez une bande de terrain derrière l’animal et avant la haie, vous pouvez tirer, votre tir sera fichant même si vous ratez. En tenant compte évidemment de la zone visé : si vous visez le cou, c’est derrière celui-ci qu’il faudra vérifier la présence d’une “zone fichante”. Si vous ne voyez pas “de zone fichante” entre votre animal et la haie, ne tirez pas ! Que votre tir soit bon ou pas, la balle peut ressortir de l’animal et toucher quelqu’un situé derrière la haie et invisible à vos yeux. C’est surtout le cas en moyenne montagne ou piqueurs, promeneurs et animaux peuvent arriver de tout côté.

Ayons toujours en tête qu’il vaut mieux regretter de ne pas avoir tiré que regretter d’avoir tiré.

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6 réflexions au sujet de « Faut-il identifier avant de tirer ou identifier avant de prendre la visée ? Tir fichant ou zone fichante ? »

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  1. la définition réglementaire si elle devait exister consisterait à dire que la balle doit se planter ou se ficher en terre derriére l’animal et le plus prés possible de ce dernier, qu’elle
    traverse l’animal ou qu’elle le rate.

  2. Bonjour,
    Je réagis à votre explication sur le « tir fichant », vous dites que sur un sanglier tié à 50 m le tir se fera avec un angle de 45°, possible en montagne, sur terrain plat il y a comme un défaut
    !
    Considérons un angle de 2°
    Tang (2) =0,034920769
    La bouche de la carabine est à 1,5 m du sol
    La distance de la verticale de la bouche de la carabine, au point d’impact avec le sol est alors de 1,5/ Tang(2°) = 43 m (à qq cm près)
    Si la balle doit toucher le sanglier à 70 cm du sol, le sanglier doit se trouver à :
    43/150 x (150-70) = 23 m
    D’après mes infos, le tir est considéré comme fichant s’il fait un angle d’au moins 6° pour une carabine et 15° pour un fusil.
    Tang(6) = 0,105104235
    La distance d’impact au sol est alors de 15 m (environ)
    La distance max du sanglier de 8 m.
    Tang(15) = 0,266949192
    La distance d’impact au sol est alors de 5,6 m
    La distance max du sanglier de 3 m.
    C’est sans doute la raison pour laquelle je cherche désespérément, sur Internet, une définition REGLEMENTAIRE du tir fichant de battue !
    Avant chaque battue on nous rappelle qu’il faut que le tir soit « fichant », en terrain plat depuis le sol, que vous inspirent les chiffres ci-dessus ?

    1. Monsieur POIRIER Jacques: oui vous avez certainement raison de vous poser cette question, mais avec vos calculs savant je ne pense pas que cela apportera de l’eau au moulin pour cette question de sécurité ! moi je pense tout ,simplement qu’il faut examiner ce qui entoure le poste qui nous aura été attribué dès que l’on arrive à ce dit poste, et là, avant toute choses, s’imaginer ce qui est ou pas dangereux ! c’est ce que je fais , et si je considère une zone risquée même légèrement, c’est simple, je m’impose de ne pas regarder ce côté pendant tout le reste de la battue ! c’est un peu comme lorsque l’on arrive sur un chantier, si d’un premier coup d’œil nous n’arrivons pas à voir par quel bout devra commencer l’exécution du travail et par quel bout il doit être fini ! c’est devoir travailler un peu au pif, et donc augmenter les risques d’accidents !

      1. C’est ce que j’écris dans mes articles. Mais en l’occurrence quand vous êtes en moyenne montagne c’est un peu plus compliqué que ça.

        Vous n’empêcherai pas un joggeur d’arriver par une zone que vous avez qualifié de bonne pour le tir, au moment même où un chien qui vient lui aussi de la même direction se mette à donner. J’ai eu le cas ! Bref, on appelle cela la loi des coïncidences maximums !

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