Livre : « Les secrets de Vichy ».

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Un livre de 382 pages de lecture effective plus 24 pages de notices bibliographiques et autres notes de renvoi. On assiste aux convulsions du régime de Vichy par un trou de souris. C’est très efficace, ça se lit facilement, on vit l’Histoire de l’intérieur à travers les divers protagonistes.

Selon la terminaison en vigueur dans les médias officiels qu’ils soient étatiques ou privés, il y eut en France :

  1. Un « gouvernement de Vichy».
  2. Un chef de gouvernement que l’on désigne sous le nom de « Maréchal Pétain ».

Dans les faits : Un « gouvernement de Vichy» qui était plutôt à Paris. Un chef de gouvernement que l’on désigne sous le nom de « Maréchal Pétain » et qui était en fait Pierre Laval, chef du gouvernement et vice-Président du conseil. Notez bien le terme « Maréchal » pour désigner celui qui n’était pas : « Maréchal de la République Française » mais « Président du Conseil » et « Chef de l’état ». Comme je le subodorais depuis longtemps mais sans avoir cherché à approfondir le sujet, la lecture de ce livre m’a permis de comprendre :

  1. Pourquoi Pétain a été gracié.
  2. Pourquoi Laval a été fusillé.

Tout au long de ce livre on découvre le rôle des uns et des autres, sans fard.

  1. Pétain était le Chef de l’état français et Président du Conseil.
  2. Laval était vice-président du Conseil ET CHEF DU GOUVERNEMENT !
  3. Le chef de l’état était à Vichy avec ses ministres mais le vrai pouvoir était à Paris et c’était Laval qui l’exerçait.
  4. Pétain avait 84 ans en 1940, c’était un vieillard, un pantin oisif, embourgeoisé, déconnecté de toutes réalités hormis ceux de la table.

Même le choix de la ville de Vichy est très certainement dû à Laval dont la propriété de Chateldon se trouve à proximité. « La ville de Vichy est choisie comme siège du gouvernement, sans grande réflexion et par défaut ». « Un important central téléphonique, 300 hôtels dont certains de grand luxe ». A la lecture des menus, on se demande si ce n’est pas plutôt pour ses hôtels que pour son central Telecom que Vichy a été choisi…. ! Quand on sait comment le bon-peuple vivait à l’époque… ! Au fil des pages, on apprend qu’après sa nomination de maréchal au sortie de la guerre de 14/18, Pétain possède un « copieux État-major  qui lui sert de « nègres » pour écrire ses livres ». Livres qui le feront entrer à l’Académie Française.

Pétain, un vieillard de 84 ans en 1940

On découvre un Pétain déconnecté de la réalité, narcissique, qui fait tirer dans des éditions luxueuses ses discours pour les distribuer « aux personnalités qu’il veut honorer ». On est tout de même en pleine Occupation ! Ce vieillard sénile, imbu de lui-même, passe « trop de temps à limer, corriger, polir indéfiniment ses discours ».

Lire page 26-27 : La journée de Philippe Pétain.

« Les consignes de la censure interdisent donc de le désigner comme vieillard ».

« Comme le dit poliment son chef de cabinet : « son travail est de maintenir en état d’alerte et de fraicheur, de ménager un chef de l’état fort âgé ».

« Les événements les plus graves ne doivent pas écourter son sommeil ».

« Il s’ennuie tellement qu’il veut du monde autour de lui. Il a sans cesse besoin de distraction ». « Il travaille en moyenne 5 à 6 heures par jour ».

Page 67 : « Ses propos désordonnés, ses conversations privées, décousues laissent planer le doute sur sa lucidité ». « Il a de profondes absences ».

Page 197 : L’ambassadeur US à Roosevelt : « Pétain ? Un vieillard faible et intimidé, entouré de conspirateurs égoïstes ».

Le fameux discours de Pétain sur la Collaboration fut rédigé (page 48) par Gaston Bergery : « Principal inspirateur et auteur du très long message définissant la Révolution Nationale et souhaitant la Collaboration ».

Le chapitre : « Qui a écrit le premier statut des Juifs – Octobre 1940 » a le mérite de bien faire comprendre cette longue descente aux enfers. Et qui retrouve t’on en première ligne ? Laval et sa clique de hauts fonctionnaires ultra-zélés : Page 76 : « Enfin en juillet 1940, Laval a fait savoir à l’ambassadeur allemand Abetz que, parmi les gages de bonne volonté que le gouvernement pouvait donner, figurait l’éviction des Juifs de la fonction publique ». « Même si les allemands ne sont pas demandeurs d’une législation antisémite française ».

LAVAL, le chef du gouvernement, s’octroie les pleins pouvoirs.

Page 63-64 : Pour aller plus vite, les services de Laval se mettent à produire de faux télégrammes attribués à Pétain.

Page 98 : « Toutes les demandes françaises relatives à un allégement du régime d’occupation sont ignorées ». « Pétain se sent dupé mais en impute la responsabilité à son vice-président : Laval. Ce dernier délaisse Vichy pour Paris et l’ambassade d’Allemagne ».

Page 99 : 1940 : Laval tente ni plus ni moins qu’un coup d’état pour écarter Pétain. Page 102 : On évoque un « kidnapping » de Pétain. « C’est alors que Pétain conscient du danger que représentent les agissements de Laval décide de s’en débarrasser ».

Retour de Laval en avril 42 après sa réinstallation de facto par le pouvoir allemand :

Page 53 : « la radio n’est plus accessible à Pétain sans l’accord de Laval ». « Les textes (NDR de Pétain) auxquels il (Laval) ne consentirait pas n’accéderaient pas à la publicité ». L’entourage de Pétain en est alors réduit à découvrir les voies pleines d’aléas de la diffusion clandestine ». Page 126 : « Pour les allemands le message est clair, en imposant le retour de Laval il le désigne comme étant celui qui doit mettre en œuvre la Collaboration ».

La gouvernance réelle n’était pas à Vichy mais à Paris.

« Après la crise majeure de la fin de l’année 1943, les journées de Pétain sont à peu près vidées de leur substances ». « Il a été dessaisi de la réalité du pouvoir ». Page 118 : « Sur ce, l’ambassadeur d’Allemagne Abetz ramène Laval à Paris où sa présence fait planer une concurrence sur le gouvernement de Vichy ».

Le fil rouge de la Collaboration

On comprend et c’est le fil rouge de la Collaboration, que Laval s’est lancé dans une course à l’échalote pour devancer, anticiper, préempter une législation allemande en devenir, réelle ou supposée. Page 79 : « Une course de vitesse s’engage pour que le gouvernement soit en mesure de rendre public un statut de Juifs ……Sans prendre de retard par rapport à la publication de l’ordonnance allemande ». « Ne pas se laisser décrocher sur le terrain antisémite devenu si évident crucial dans la perspective des futures négociations de paix ». Au final, Laval n’obtiendra rien, sa « Collaboration-préemptive » (l’expression est de moi) ne lui a rien fait gagner, il y a perdu son honneur et fût fusillé principalement pour cet activisme. Voir le chapitre : « Journées de dupes à Saint-Florentin ».

L’attentat contre Laval

Pas de commentaire particulier sur ce chapitre, vous le lirez. Sur l’auteur de l’attentat lui même, je note cette déposition de Colette, le tireur : « Il veut être seul à payer pour son acte et veut donc éviter tout risque de représailles sur la population. Les soldats allemands sont des ennemis à combattre selon les lois de la guerre ». Hé oui « les lois de la guerre » ! Certains crétins feraient bien de les connaitre avant de se vanter sur une télévision locale en 1984 d’avoir tué un soldat allemand dans une rue déserte d’un coup de couteau dans le dos… ! Et combien de représailles dans l’Ariège, le centre de la France et ailleurs…. Il est regrettable que des milliers d’otages (civils innocents) aient été fusillés par les allemands par la faute de quelques individus qui voulaient « se payer un Boche ». Page 144 : Pour un officier allemand abattu dans la rue à Paris : « 150 personnes fusillés dans les 48 heures puis 50 48 heures plus tard si le coupable n’était pas trouvé ». Cela en valait il la peine ? Lors de la retraite allemande, deux « résistants » s’étaient payés un motard allemand seul sur une route. Ne sachant trop quoi faire, l’avant-garde allemande arrivant, ils étaient allés voir mon grand-père le maire du village qui après une belle « avoinée » fit précipitamment enterrer le corps dans un champ près de la route et fit évacuer tout le village en cas de représailles. Par chance, sa disparition ne fut constatée que bien plus tard. 60 ans après on fit exhumer le corps et on lui donna une sépulture normale dans un cimetière allemand.

Une « Collaboration-préemptive © ».

©.Je revendique la paternité de cette expression. Car c’est bien le caractère préemptif et outrancier que Laval, Bousquet et quelques autres, ministre de la justice, Intérieur, etc donnèrent à la Collaboration. C’est de mon point de vue ce qui ressort de ce livre. Pourquoi ce caractère outrancier ? Des pistes sous forme de phrases piochées ici et là dans le livre :

Les exemples qui suivent doivent être précédés de cette fulgurance de l’auteur : « La haute administration Vichyssoise et une partie des officiers supérieurs, avec cette irrésistible propension à toujours préférer une injustice à un désordre ».

Page 142 : « La conviction d’agir pour sauvegarder les intérêts français, une attraction irrésistible pour le pouvoir fort et les solutions autoritaires, une volonté de réalisme qui éradique toutes les considérations légales ou morales. Le souci de préserver la souveraineté nationale, le désir de montrer son efficacité. L’ambition de tenir sa partie dans la grande politique ».

Page 201 : « Le ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu, en tire les conséquences en choisissant de s’engager dans une politique de coopération avec l’occupant, en échange d’une restauration de son autorité ».

Page 207 : « Bousquet suggère qu’il serait possible de déporter les Juifs apatrides internés en zone libre, qu’il évalue à 10.000 personnes. Son principal centre d’intérêt pour le moment est de négocier avec les SS la reprise en main par le gouvernement français de tous les services de police. Ce pont est considéré comme essentiel à la préservation de la souveraineté française. Les offres faites aux SS (NDR : par Bousquet) sont destinés à prouver sa bonne volonté ».

Page 215 : « Bousquet a finalisé l’accord avec les SS sur la coopération des polices, dont il se vantera comme d’une restauration de la souveraineté française arrachée de haute lutte aux Allemands ».

La Collaboration fut avant tout une duperie ! Pétain espérait de la Collaboration des « concessions mutuelles » : retour des prisonniers, allégement des sanctions, etc. Il n’obtiendra rien.

La polémique du livre : « Un paradoxe Français » dit aussi « Polémique Zemmour ».

LE POINT : « Pour le polémiste Éric Zemmour, Pétain aurait sauvé des Juifs en France en sacrifiant « les Juifs étrangers ». C’est ce qu’il affirme dans son livre « Le Suicide français ». « Eric Zemmour consacre sept pages au régime de Vichy, qui ne serait pas totalement condamnable en ayant permis de sauver des Juifs en France grâce à « la stratégie adoptée par Pétain et Laval face aux demandes allemandes : sacrifier des Juifs étrangers pour sauver des Juifs français ».

Je l’ai déjà dit et redit dans d’autres articles, Zemmour est stratosphérique en politique-politicienne, Zemmour est mauvais en géostratégie, même si ce sujet ne relève pas à proprement parler de ce domaine. J’ai une très grande admiration pour le bonhomme, mais sur ce sujet, son cerveau de polémiste l’a trahi !

La lecture de ce livre met complètement par terre, désintègre totalement la thèse selon laquelle « Pétain a sauvé des Juifs ». Primo, Pétain était sénile et n’avait aucun pouvoir ! Tout était centralisé entre les mains de l’ambassadeur allemand à Paris : Abetz et ses hommes de main : Laval et ses ministres. La principale obsession de Laval et de la haute administration Vichyssoise n’était pas le sort des Juifs mais le sort de leur autorité ministérielle. Le livre le démontre largement. Le plus paradoxal dans cette affaire de savoir « qui a sauvé des Juifs », c’est que, le gouvernement de Mussolini pourtant allié on ne peut plus proche d’Hitler, a lui par contre permis le sauvetage d’au moins 25.000 Juifs : Page 220 : « Ce sont les Italiens qui occupent la Corse, la Côte d’Azur et la rive gauche du Rhône qui permettent à 25.000 Juifs d’échapper à l’administration Française ». Un comble pour un pays allié à l’Allemagne ! « Les italiens proscrivent l’estampillage des documents d’identités et les déplacement forcés ». Entendez par cela qu’ils refusent que la mention « Juif » figure sur les documents d’identité. Énorme légèreté, énorme grossièreté, de l’EXPRESS qui passe sous silence ce passage concernant l’Italie dans cet article consacré à la présentation du livre. Pour l’EXPRESS et son rédacteur en chef : « L’HISTOIRE N’A QUE FAIRE DU PASSÉ ! « 

Mais que croyez-vous que fit le gouvernement de Laval ? « Le gouvernement de Laval par un mélange de chimère de souverainiste -dont il est coutumier- proteste auprès des allemands. Il espère, si ceux-ci contraignent leur allié à céder, voir les Italiens abaissés et décrédibilisés ». On croit rêver !!!!!!!!!

S’il subsistait encore un doute sur le zèle outrancier de Vichy dans l’arrestation des Juifs, il est levé ! Toute la responsabilité du gouvernement de Laval et du chef de l’état Pétain est résumé page 233 : « En l’occurrence le maintien de la présence de Pétain en France et sa caution à l’antisémitisme actif ont augmenté le malheur de dizaines de milliers de gens, trahis, mis à mort ». « …….des personnes particulièrement vulnérables et dépourvues d’autres protections que celles qu’ils pouvaient espérer de la France ». Je me souviens de cette interview d’une rescapée des camps dont le père n’avait pas craint de se faire recenser comme Juif car disait il : « Je ne risque rien, je suis un ancien soldat de 14/18, décoré, j’ai combattu pour la France ». Là est la trahison de Vichy, Laval, Pétain ainsi que de la haute administration Vichyssoise. Ce qui a permis à plus de Juifs en France qu’ailleurs en Europe d’être sauvés, c’est aussi par « les petites mains » de l’administration : La police qui venait voir les familles Juives la veille des rafles pour les avertir : « Demain nous venons vous arrêter ! Partez de suite ». Mon grand-oncle, chef de la police municipale de Toulouse qui dans son bureau de la rue Pargaminiére quand les allemands raflaient dans les rues cachaient les Juifs dans son bureau « parce que c’est le seul endroit que les allemands ne fouilleront pas » disait-il, puis les repassaient à mon grand-père qui les fondait dans la population du village dont il était le maire. Pour ne pas trop éveiller les soupçons ils étaient même inscrits à l’école sous leur vrai nom… !

L’auteur de ce livre répond à Eric Zemmour et à la polémique « Un paradoxe Français » par une formule dont il est nécessaire qu’elle passe à la postérité : « Vichy s’est laissé entrainer, par idéologie et par vanité, dans la logique du bourreau qui consiste à obliger des complices, des témoins et parfois des victimes à participer au crime. Mais choisir l’ordre des mises à mort ou les justifier par le sacrifice à l’intérêt supérieur de la patrie, ce n’est pas le sens communément admis du verbe « sauver » ».

Conclusion

Un livre qu’il faut avoir lu et dont il faut espérer qu’il fasse autant de bruits que la « polémique Zemmour-Un paradoxe français ». Un livre qui décortique tout le système de Vichy et dont « rien ne semble pouvoir réhabiliter la mémoire de l’ancien chef de gouvernement (NDR : Laval) le traitre, le négrier ».

Mise à jour

j’ai retrouvé chez mon beau-père un document d’après-guerre qui me semble être rare et exceptionnel, d’autant plus que vous pouvez le télécharger avec une résolution de 5 méga, ce qui permet de zoomer à l’intérieur de la carte.

La « carte des camps des prisonniers français en Allemagne ». 39-45. La liste des stalag, oflag, d’après « les documents du ministère des prisonniers de la France libérée ».

Pour afficher la photo de 5.02 méga, cliquez ici. Puis faites un clic droit et « Enregistrez l’image sous… »

Carte des camps des prisonniers français en allemagne 39-45 liste des stalags, oflag d'aprés les documents du ministére des prionniers de la France libérée

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