Mais pourquoi a-t-il tiré sur un ours ?

« La journée promet d’être belle écrit « La Dépêche du midi ».  A 9 h 30 précises, à une cinquantaine de mètres de son poste, Thierry voit passer l’animal. Il pense à un sanglier. Tire. Touche la bête… Et se rend compte qu’il s’agit d’un ours. Le journal précise : « Le chasseur, un garçon posé, pas un excité ». Difficile pour le grand-public de comprendre comment on peut « confondre » un ours avec un sanglier. D’abord saluons le comportement très humble du chasseur qui n’a pas hésité à signaler son erreur.

Revenons à cette journée de chasse. Comme l’a déclaré le Président de l’ACCA « nous n’étions pas informé de la présence de l’ours ». Donc la « probabilité  ours » n’existait pas dans l’esprit du chasseur. Comme lui, je chasse en moyenne montagne. Il faut y avoir été pour comprendre ce que c’est que d’être seul dans une forêt de buis, de ronces, et d’entendre tout à coup un bruit d’apocalypse de bois et de branches cassés quand un sanglier ou un cerf fonce à travers la végétation.

Le chasseur a « entendu » un sanglier, « vu » un sanglier, « tiré sur un sanglier » mais c’était un ours ! Comment est ce possible ? Nous sommes gouvernés par nos cinq sens, en l’occurrence ceux qui nous intéressent sont la vue et l’ouïe. Les faits tels que je les imagine : l’ours avait senti/vu un humain et s’est mis brutalement à accélérer.

Le chasseur entend le bruit des branches brisées, on sait que quelque chose d’énorme arrive, au bruit on sait que l’animal fait plus de 100 kg. Le plan de chasse n’est pas ouvert. Le chasseur est pré-conditionné par défaut à « voir » un sanglier. L’ouïe alerte le cerveau qui reconnaît immédiatement le bruit caractéristique d’un animal à quatre pattes très lourd « ce n’est pas un humain, pas un cerf, donc c’est un  sanglier d’au moins 100 kg » ! Je me souviens d’un sanglier de 150 kg qui montait une côte, je sentais le grondement de la terre. Un sanglier quand il est « lancé » il a le poil qui se redresse à la verticale, un chasseur expérimenté peut lui attribuer le double de son poids.

Or à ces distances et compte tenu d’une silhouette ramassée, de poils marron/noir, courbé, qui fait penser à l’échine d’un sanglier,  d’un poids identique, BALOU pèse 130 kg, (88 kg au  lâché) de la végétation, la pression que s’inflige le chasseur : « à l’évidence, ça ne peut-être qu’un sanglier », le chasseur  tire ! Il n’y a pas eu un vrai processus d’identification mais un processus d’identification par… élimination, par défaut. Puisque ce n’est ni un humain ni un cerf, c’est donc un sanglier. On est certain d’entendre… ! Certain de…voir ! Un accident commence toujours par une certitude.

Il faut revoir les consignes de battues et les formations à la sécurité. Qu’elles prennent en compte les comportements des nouveaux  intervenants dans la nature, de l’ours au VTT en passant par le joggeur. C’est une question de culture, la composante ours au sein de la chasse c’est quelque chose de nouveau. Pas seulement au sein de la chasse, mais pour les randonneurs aussi. Aucune formation à la sécurité ne vous prépare à la rencontre avec un ours. On se contente de régurgiter des règles généralistes. Dans l’élaboration de nouvelles consignes de tir il faudra remplacer : « identifier avant de tirer » par « identifier avant la prise de visée ! ».

Quand on  n’a pas le temps d’identifier avant de prendre la visée, on laisse passer. Il vaut mieux regretter de ne pas avoir tiré que regretter d’avoir tirer. « Réfléchir c’est penser le contraire de ce que l’on croit ».  En l’occurrence « identifier c’est penser le contraire de ce que l’on est persuadé de voir ».

« Tir instinctif » (automatisé) ou « tir réflexe » ?  L’auteur du coup de feu a déclaré : « J’ai fait un tir réflexe ».  D’après Siegfried Hubner : « Tir de combat, les réflexes du tir rapide » : « L’ordre de tirer va aller de l’œil au cerveau, puis au cervelet, passe par la moelle épinière, jusqu’au bras et à l’index qui va actionner la détente pour faire partir le coup ». Selon moi, et en toute humilité, j’associe cette description à un tir instinctif, automatisé. On a quand même identifié au minimum ce que sur quoi on tire ! J’associe « l’identification » à un stimulus positif d’autorisation de tirer. Je m’explique : Vous êtes en voiture, le feu passe au vert, inconsciemment vous accélérez et vous passez. De même qu’au feu rouge, inconsciemment et sans avoir à vous dire : « arrête-toi !« , vous vous  arrêtez ! L’instinct est le résultat d’un comportement stable, précis, spécialisé en vue d’un but, une série d’enchaînement de gestes en fonction des interactions entre un individu et son milieu reposant sur des déterminants internes et sur des stimulations de l’ambiance.
Pour un tireur qui s’entraine et qui devient un excellent tireur, Siegfried Hubner ajoute : « Tir de combat »: « De même grâce à un entraînement constant, l’ordre de dégainer et de tirer va aller directement au cervelet puis jusqu’au bras et à l’index. Ce cheminement est beaucoup plus court, plus rapide et moins émotif puisqu’il ne passe plus par le cerveau. » Si l’on suit le raisonnement de SH, le tir réflexe est le stade ultime auquel il faudrait arriver. Mais il raisonne en « Tir de combat » et en réaction à un stimulus : arme pointée vers lui. Tandis que nous autres chasseurs, devons d’abord identifier la bête avant de tirer ! C’est là une grosse nuance !
Donc le deuxième stade préconisé par SH s’apparente à un « tir réflexe« , sans autre raisonnement qu’un stimulus toujours le même : « ennemi = Feu !« . Ce qui est normal dans un tir de combat, ne l’est pas dans un tir de chasse. En tir de combat, tout ce qui est en face et armé est « ennemi » pas à la chasse !
A mon avis, dans ce cas précis, à la chasse, on perd la réflexion. Il m’est arrivé de faire un « tir réflexe » un jour, sur un animal qui a jaillit de nulle part à deux mètres de moi et vers moi ! Je peux vous dire qu’il n’y a eu aucune réflexion de ma part et que je me suis trouvé bien bête !

Si on prend la peine d’étudier certains accidents de chasse dans lesquels il y a eu un tir direct, sans que l’on puisse mettre en cause la végétation où quelques obstacles que ce soit, je suis absolument persuadé que la personne se met une énorme pression et passe mentalement du mode « tir de chasse » (réflexion) en mode « tir de combat » (absence de réflexion). Ce sont des modes de fonctionnement qui devraient être intégrés à la formation du permis de chasser.

Dans le cas qui nous occupe celui du tir sur l’ours, il n’y a pas eu de « tir réflexe » (absence de réflexion) mais bien un « tir instinctif » (avec réflexion) sauf que la dîtes réflexion a été trompée par de vrais-faux stimulus : « L’ouïe alerte le cerveau qui reconnaît immédiatement le bruit caractéristique d’un animal à quatre pattes très lourd « ce n’est pas un humain, pas un cerf, donc c’est un  sanglier d’au moins 100 kg  !« 

En conclusion, reportez-vous à l’article « Temps de réaction et temps d’exécution ». Il vous faut gagner du temps sur le temps de réaction et apprendre à garder le contrôle de soi même et de ses gestes. Quand on a une arme entre les mains c’est au début un travail de tous les instants que de penser à ne pas pointer l’arme vers ses voisins. Après c’est comme en voiture, vous vous arrêtez au feu rouge et vous passez au vert sans même vous en rendre compte.

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